Les pavés de l’Avenue du port : questions de valeurs et d’emploi - BruxellesFabriques test
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Lors de la concertation à propos de l’avenue du Port –11-03-2014 Communiqué de presse

Questions de valeurs et d’emplois


La dernière raison des rois, le boulet. La dernière raison des peuples, le pavé.

Victor Hugo

La Région bruxelloise dispose d’un patrimoine de pavés abondant et très diversifié. Il constitue une caractéristique importante de l’identité régionale citée comme argument touristique. Certaines voiries sont même classées. Tous les types de pavés, et de plusieurs origines, belges et étrangères, s’y trouvent disposés. Des grès de Comblain, des porphyres de Lessines ou Quenast, des platines du Condroz,… constituent le revêtement de nos rues.

Bruxelles possède le dernier boulevard industriel, sans doute au plan européen, quasiment dans son état d’origine. Le gouvernement désire vendre ces pavés au plus offrant et donc liquider notre patrimoine horizontal.
BruxellesFabriques insiste avec plusieurs autres associations et experts sur la valeur, en termes de développement durable, d’une voirie en pavés. C’est tellement évident, c’est même proclamé par la Région comme étant LA priorité. D’autres encore démontrent, à propos de ce projet de la ministre Grauwels, les vraies erreurs en terme d’urbanisme, de procédures, d’absence de conformité avec les déclarations gouvernementales, de mobilité. ..

Faut-il rappeler qu’entretenir une voie de pavés coûte bien moins cher que de couler de l’asphalte, qui doit être refait tous les quatre ou cinq ans.
De plus, entretenir des voiries éternelles, en pavés, contribue non seulement à créer et entretienir des emplois pérennes mais aussi à assurer la transmission d’un savoir-faire. Un historique et social à sauvegarder !

Nous voulons rappeler les valeurs que ces pavés représentent, car - et qui le sait encore ? - « produire un pavé et le poser », ce sont des acquis, au cours de l’histoire, de savoirs-faire précieux mais particulièrement pénibles. C’est donc un patrimoine social et quelque peu immatériel.

Entre l’extraction au fond de la carrière de la région de Lessines et Quenast, ou du Condroz, jusqu’à la pose manuelle, sept manipulations sont nécessaires.
Les étapes se succèdent : le rompeur brise la roche au marteau, plus tard au marteau compresseur et parfois à l’explosif.

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Il dépose les blocs bruts dans des wagonnets pour les remonter, tirés par des chevaux. Ces blocs seront plus tard remontés au moyen d’un treuil à main, et dès que cela a pu être possible au moyen d’un treuil à vapeur.

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Il achemine donc ces blocs devant les épinceurs qui débitent et taillent pierre par pierre selon la commande de pavé.

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Le chargement des pavés, une nouvelle fois taillés, est posé dans des wagonnets qui seront poussés à la main vers des wagons où, pierre à pierre, les pavés seront transférés.
Les wagons sont ensuite acheminés soit directement au lieu de destination, soit au canal pour être déversés dans des péniches.
Le déchargement de la péniche à destination se fait à la main vers des tombereaux qui, tirés par des chevaux, conduisent les pavés sur chantier. Là, des manœuvres vont servir les poseurs avec des brouettes.
Des retailleurs accompagnent les poseurs pour ajuster certains pavés.
Le chargement du sable, de la caillasse, le dammage font partie du boulot.

Un pavé possède différentes formes : il peut avoir 14 cm sur 16 et 12 de haut, et peser de 7 à 15 kg. Certains sont carrés. Les pavés de rue ne sont pas les platines pour trottoirs qui sont en grès. Faisons le calcul des centaines de tonnes portées à la main par jour et par ouvrier ! En une journée de 8 heures il y a vingt ans, les ouvriers posaient 55 mètres carrés, soit 16, 720 tonnes pour une moyenne de poids de 8kgs.

Les paveurs de Roussart et Chenois, près de Waterloo, étaient très appréciés, non seulement à Berlin ou à Cologne, mais jusqu’à Kiev en Ukraine, Potsdam, Krakow et Dantzig en Pologne, Moscou et sa Place Rouge en Russie, la place Stanislas de Nancy, Nantes et les champs Elysées à Paris en France, Luxembourg, Le Caire en Egypte, Minsk en Biélorussie , Riga en Lituanie, au Portugal, et chez nous, à Bruxelles, la place de Brouckère et la place Royale, ainsi que sans doute l’avenue du Port.

C’est donc le respect d’un choix de revêtement de voirie qui a fait ses preuves au plan écologique et le respect et la mise en valeur d’un savoir-faire exceptionnel, véritable patrimoine à la fois matériel et immatériel, auxquels il faut s’atteler.
Le projet présenté par le gouvernement bruxellois fait fi de ces rares valeurs de patrimoine et de savoir-faire ouvrier au profit d’une banalisation des revêtements routiers et des savoir-faire devenus mécaniques.
C’est aussi une régression catastrophique de l’identité urbaine et du citoyen.

Que répond le gouvernement face à ces valeurs ? Comment n’a-t-il pas honte de liquider ce patrimoine ? Son excuse ? Il ne sait pas, il ne s’interroge pas sur la valeur du travail manuel.

Il est important de reconnaître que le patrimoine n’est pas seulement debout, il est aussi couché ; les Romains d’aujourd’hui le considèrent comme du « patrimoine horizontal ». Ils luttent aussi pour le préserver, comme nous souhaitons le faire pour les pavés que nous pouvons trouver dans nos voiries.

Nous proposons aux autorités communales et régionales un programme pour transmettre ces savoir-faire, il est en train d’être finalisé en coopérative intercommunale « les paveurs bruxellois ».

Mais, avant tout, il faut garder le pavé sur place, il est impayable et plus personne ne taillera de pareils diamants. C’est un trésor de guerre alors que des millions ont disparus.

Sauver les pavés et le savoir-faire : deux urgences.

Sauver nos pavés comme des trésors légués, transmettre ce savoir-faire, qualifier des personnes pour contribuer à la restauration du patrimoine, des voiries anciennes, c’est aussi important que tout autre patrimoine mobilier ou immobilier. Ce sont des valeurs bien plus importantes que de couler cet asphalte et de dépenser de l’argent bien plus utile ailleurs.

Guido Vanderhulst
Président
gvanderhulst skynet.be

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