Les Entrepôts de Tabac GOSSET SAINT-MICHEL - BruxellesFabriques test
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Les Entrepôts de Tabac GOSSET-St MICHEL
rue Picard et rue Vandenboogaerde
Guido Vanderhulst

Nous n’allons pas raconter ici toute l’histoire de la Manufacture de Tabac GOSSET, qui fabriqua et vendit la fameuse cigarette Saint-Michel.

Un bref historique pourtant :
Importé d’Amérique par les marins espagnols accompagnant Colomb en 1492, le tabac commence à pousser sur le sol belge vers 1650. C’est à Wervik qu’on trouve les traces les plus anciennes de sa culture en Belgique. Dès cet instant, le tabac gagne une réputation sulfureuse. On cultiva le tabac dans tout le pays. Les tabacs de la Semois, avec ses fameux séchoirs étaient célèbres.

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Photo des années 1990 – G.Vanderhulst

En 1885 Félicien GOSSET, natif de Spy dans le Namurois, ouvre un atelier-boutique de cigarettes non loin de la Grand-Place, à la Putterie. IL a l’idée de fabriquer des cigarettes préroulées à la main pour le peuple. Jusque-là, ce type de produit était réservé à une élite, le tabac avait même des vertus médicinales ! Ces cigarettes sont vendues à la pièce et il met sa marque sous le patronage de Saint Michel patron de la Ville. Il commence par vendre à partir d’une charrette à bras. La Grande Guerre et l’apparition des machines à cigarettes américaines et anglaises entérinent la popularisation du tabac. « Durant la guerre, les femmes avaient repris le boulot des hommes. “Si on peut faire ça, pourquoi ne pourrions-nous pas fumer comme eux ?’”, se dirent-elles.

La production explose, il déménage plusieurs fois ses ateliers où la cigarette est faite à la main. En décembre 1927 il se constitue en société et en 1930, il fait construire par les frères Adrien et Yvan BLOMME l’usine de Molenbeek rue Gabrielle Petit. Il entre de plein pied dans l’industrialisation. La production devient exponentielle, malgré la concurrence qui deviendra très active après 1946.

Mais pourquoi quasi tous les fabricants bruxellois de cigarettes se sont-ils installés dans ces quartiers à Molenbeek et environs (Odon Warland qui vient de Liège avec « la Boule Nationale » et racheta le marchand de tabac AJJA, Laurens, BAT, …). C’est que le tabac doit être dédouané et des taxes sont à payer. Le tabac passe donc par les contrôles douaniers de Tour & Taxis. Il arrive en wagons plombés. Autant avoir son usine par trop loin !

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Extrait du cadastre de 1934, Ministère des Finances

On aura compris que le dépôt GOSSET de la Rue Picard, portant l’enseigne St Michel a pour fonction de recevoir le tabac étranger en vrac pour le faire dédouaner, le conserver et le répartir pour l’usine de la rue Gabrielle Petit qui est à deux pas de là. Le site de la rue Gabrielle Petit n’est pas conçu pour recevoir du tabac en vrac en très grandes quantités.

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Extrait du cadastre de 1962, Ministère des Finances

La firme Sofinco dont le siège est rue Gabrielle Petit comme l’usine Gosset est déjà propriétaire d’un dépôt rue Vandenboogaerde. Cette partie est construite en 1905. La firme a acquis du CPAS de Bruxelles ,en juin 1959 le terrain voisin, à savoir le terrain faisant le coin et se développant sur 93m rue Picard. Le tout est loué à GOSSET en emphytéose dès janvier 1960.

GOSSET introduit une demande de permis pour construire ce dépôt qui doit répondre à la fois aux normes de conservation de tabac (aération permanente, à l’abri de la lumière et volant thermique) et des douanes (un seul accès sous contrôle douanier– fenêtres à grillage et scellées pour empêcher toute fraude). Le projet intègre la première construction de 1905 tout en gardant une cour centrale.

Deux projets sont refusés par manque d’esthétique. Finalement le 29 décembre 1959 la Commune de Molenbeek accorde le permis devant l’effort important d’intégration dans la ville. Les barreaux prévus ont été remplacés par des éléments architectoniques, les treillis métalliques placés à l’intérieur, la façade est en brique comme toute habitation, une ample corniche, une fresque en grès vernissé la décore. « contrairement aux solides barreaux et treillis métalliques… véritables entorses au sens esthétique…cela pouvait s’intégrer dans le mouvement visuel »

Cela fait très majestueux, ce qui aurait pu être un banal entrepôt devient une « enseigne urbaine permanente » de grande qualité.

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Note au Collège 22 déc.1959 archives communales de Molenbeek

C’est l’architecte Julien DE RIDDER d’Etterbeek qui est l’auteur de ces plans. Il est aussi celui qui dessine la fresque en grès de Guérin. Cet architecte est l’auteur du gros œuvre de l’église Saint-Pierre à Woluwe, et de plusieurs dessins de confessionnaux.

Robert GUERIN, fonde les « Grès GUERIN » en 1918 en reprenant l’atelier de son maître à Bouffioux, région du Chatelet depuis toujours productrice de grès en terre cuite pour la vaisselle, les conduits, la faïence…,

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Détail de la façade centrale - 2010

Il est aussi enseignant aux « Arts décoratifs de la Cambre » à Bruxelles et y invente des procédés nouveaux. Il expose de part le monde et ses œuvres sont acquises par plusieurs Musées et même par le roi Albert Ier. Les grès du Musée d’histoire naturelle sont de son atelier. En 1964 son fils reprend l’atelier pour en faire une grande manufacture, qui fermera pourtant ses portes en 1988.
Signature grès Guérin 1961

Quant à l’usine de la rue Gabrielle Petit, Elle s’est constamment modernisée et a subit des modifications nombreuses. Ici on travaille avec des machines au taux de production exponentiel. Mais la concurrence américaine s’impose. En 1989 Reynolds firme américaine de North Carolina, achète la marque à laquelle elle était déjà associée depuis 1980, la délocalise en Allemagne et l’usine de Molenbeek ferme. A la dislocation de la firme, la SDRB achète le complexe en 1989, aménage et s’y installe. La partie usine continue à servir à de l’industrie.

Le dépôt reste des années « à vendre » !

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